Crêpe, gestion et humilité.

C’est connu et reconnu, chaque histoire a deux versions, deux perceptions, deux interprétations. Au moins deux. Pourtant, quand arrive un malentendu ou un malaise, souvent le nombre de points de vue diminue, habituellement au même rythme que la communication. Le plus fort gagne. Et pas toujours le boss.

Une situation problématique est souvent vue comme une opportunité pour jeter des blâmes. On est humain. J’entends tous les jours de la bouche de dirigeants, gestionnaires ou employés, des histoires à une seule version, avec biais évidents et responsabilités balayées chez l’autre.

Un client – merci Benoît – m’a cité cette phrase éloquente : “No matter how flat you make a pancake, it still has two sides”. Elle est de Dr.Phil, un autre que je n’ai jamais écouté, décidément.

On est tous conscients de cette notion d’angles multiples et de vérité qui se retrouve à mi-chemin, on connaît la théorie du moins. Alors, pourquoi on continue à s’en tenir à notre version unique? Parce que c’est rassurant et que ça semble plus facile à vivre, for now. On nourrit ainsi une fausse impression de contrôle.

Tenir compte de l’autre peut nous mener sur des pistes inconnues, parfois tordues. L’écouter peut nous faire découvrir qu’on a des torts ou qu’on devra faire des efforts d’ajustement. Changer? Isssh. Pourtant, les meilleures solutions et les plus grandes opportunités d’apprentissage se trouvent au coeur de ce genre de confrontation, surtout celles qu’on vit avec soi-même.

Quand on est prêt à entendre les réelles raisons d’un départ d’employé, qu’on écoute les doléances d’un client, qu’on prend le feedback autant qu’on le donne, lorsqu’on entend les deux versions d’employés en conflit, c’est là qu’on peut devenir un meilleur gestionnaire.

C’est donc via l’humilité et en pratiquant un honnête retour sur soi qu’on peut vraiment apprendre et éviter de revivre les mêmes scénarios. Pas facile dans une industrie où on est drillés à avoir raison, mais faisable.

Les cas où on laisse notre ego amincir la crêpe, au point qu’on croit que ses deux côtés ne font qu’un, le nôtre, on élimine une occasion de changer les choses. Me semble qu’on a autre chose à faire que de répéter les mêmes histoires, ad nauseam.

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En extra :

Un seul cette fois-ci, mais tellement chargé et intéressant. Sur la notion d’humilité, l’estime, la conscience de soi.
Quand je dis dense, je ne blague pas : IMHO écrit par David Brooks, chroniqueur au New York Times, entre autres.

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3 Réponses sur “Crêpe, gestion et humilité.”

  1. Mon père, du temps qu’il gérait les bâtisses de l’ICM, de l’Hôpital Marie-Enfant et Bellechasse (tout en même temps… ça fait des chicanes à gérer à chaque jour ça!), m’a apprit une chose face aux conflits avec les autres qui ne m’a jamais quitté.

    « Tu sais, Jordan, souvent les conflits grossissent parce que chaque personne pense que l’autre veut l’écraser. Pendant une chicane, on est souvent porté à croire très fort que l’autre est de mauvaise foi envers nous. Mais crois-moi, si tu poses les bonnes questions et que tu en écoutes les réponses, tu vas voir que c’est presque jamais le cas. Les gens ne sont pas de mauvaise foi la plupart du temps. Si tu écoute et que tu réussis à comprendre l’autre AVANT de te faire comprendre, tu verras le conflit devenir beaucoup plus clair et tu pourras le régler de la façon QU’IL FAUT et non pas de la façon que tu souhaiterais qu’il se termine. Et ça, ça retire une méchante dose de stress dans une journée. »

    Et je dois avouer pratiquer cette façon de comprendre l’autre avant tout et c’est vrai que cela fonctionne. Une personne écoutée nous écoute en retour, la majorité du temps. Elle est aussi plus calme et plus posée. Et nous, du fait qu’on appose pas par défaut de mauvaises intentions à l’autre, on cherche vraiment à communiquer et non combattre. Ça m’aide au boulot, avec les amis, dans la famille et dans mon couple chaque jour.

    Une crêpe a toujours deux côtés et si on y va trop agressivement pour la retourner, on bousille tout et on se retrouve avec une grosse bouette… 😛

  2. Nathalie Bertrand dit :

    haha Jordan! la bouette arrive quand on n’a pas laissé cuire assez longtemps, ça aussi c’est connu 😉

  3. Haha! En effet! Y a ça aussi. 😛