De boss à talent

Hier soir, j’assistais à une soirée bénéfice pour le 20è anniversaire de Sylvain Émard Danse. Pour l’occasion, un Grand Continental mettant en vedette 32 personnes : artistes, comédiens, gens d’affaires, gens d’affaires artistes et aussi, deux danseurs pros au sein d’un groupe de pas pros pantoute.

Un des participants-danseurs était Martin Ouellette. Je lui ai posé quelques questions sur un aspect de son expérience, celui du passage de boss à talent dirigé.

Faits à noter, Martin, tout comme la majorité des participants, ne s’adonne ni de près ni de loin, à la danse. De plus, comme de nombreux gens d’affaires avec lui, loin derrière eux se trouve le temps où d’autres les dirigeaient.

Question de vous mettre dans l’ambiance, voici un extrait du Très Grand Continental créé par le chorégraphe, l’été dernier :

Je vous sers l’entrevue telle quelle. Les propos sont d’une générosité et d’une densité, rien à ajouter. Vous n’avez qu’à piger dans le sac :

NB: « Comment as-tu vécu l’expérience de te retrouver sous la direction de quelqu’un ? »

MO: « C’était à la fois déstabilisant et apaisant. Je crois que j’ai pu accepter ce rôle plus facilement parce que je me sentais naturellement non compétent, et le leader, c’était lui. Il est compétent dans sa connaissance et aussi dans sa façon de diriger. Pour ce qui est du bout apaisant, c’est que je n’avais pas le poids de la direction (dans le sens de voie) sur mes épaules. »

NB: « Au-delà de la cause et de ton engagement envers ce projet, qu’est-ce qui a fait que tu sois demeuré motivé et que tu aies donné TOUT ce que tu avais ? »

MO: « Le goût de me dépasser. Je me suis lancé dans une zone d’inconfort pour me tester, je présume. Aussi, j’aimais le modèle d’engagement que je pouvais devenir, pour mes fils, peut-être aussi pour mon équipe. »

NB: « Selon toi, la grande réussite de ce projet relève de la cause, de Sylvain, des gens qui ont été sélectionnés… »

MO: « De Sylvain. Il est un leader d’une rare qualité. Pas paternel, pas maternel, pas typique en ce sens. Mais on a senti rapidement sa compétence, quand il a réussi après notre premier deux heures à nous faire faire 3 minutes de danse synchronisée. On savait que cette réussite ne venait pas de nous, mais de lui. Ça lui a donné toute la crédibilité. De là, il n’avait qu’à être disponible (il l’a été) et clair. »

NB: « Que faisait Sylvain Émard avec les plus désinvoltes du groupe ? Ceux qui donnaient l’impression d’être au-dessus de leurs affaires. »

MO: « Les clowns, il les rappellait doucement à l’ordre. Les absents, ils leurs écrivaient des courriels pour offrir des séances de rattrapage. Mais tranquillement, on ne travaille plus pour Sylvain, mais pour le groupe, la danse. Alors, les désinvoltures se font de plus en plus rares. »

NB: « Quelle est la leçon de gestion de talents que tu retires de ton expérience sous Sylvain Émard ? »

MO: « Je retire beaucoup de choses :

Un objectif de groupe plus que seulement des objectifs individuels est fort comme concept. Je crois que c’est ce qui se passe quand on fait un pitch. L’idée que tous nous partagions un objectif commun, précis et mesurable, est très puissant.

L’idée aussi de mêler les compétences, pour qu’elles s’aident et s’influencent. Pas deux séniors ensemble, isolés, mais deux séniors, reconnus comme tel par les autres membres de l’équipe (ce qui n’est pas toujours évident, on le sait) dispersés dans l’espace et les projets pour que leurs expériences et leurs compétences puissent être contagieuses. Et le projet commun qui facilite l’échange.

La diversité des moyens de communication/formation dans une équipe. Sylvain donnait des répétions obligatoires, optionnelles, séances semi-privées, des vidéos avec la chorégraphie, décrite et dansée étaient disponnibles sur DVD et en ligne. Sylvain dirige avec une idée en tête tout en s’adaptant au rythme et à la capacité d’apprentissage de chacun.

Il y a aussi l’opportunisme de Sylvain qui a été marquante. Nous avons exécuté certains mouvements d’une façon malhabile – par exemple le moment où nous nous asseyons avant de balancer au son de la valse. Au lieu de nous faire répéter pour synchroniser notre descente, Sylvain a simplement dit, qu’à sa surprise, il aimait ça comme ça, off, chacun à sa vitesse. Le chorégraphe s’est laissé surprendre par ses danseurs.

Reste que la plus grande leçon est personnelle : prendre sa juste place dans un groupe, ce n’est pas s’oublier. Chacun dansait à sa façon, mais la danse de tous était plus forte que les pas de chacun. Ça, ça reste un objectif de gestion difficile à atteindre mais plus possible qu’hier, maintenant que mon corps sait que ça existe. »

NB: « Que vas-tu changer, dès maintenant, dans ta manière de gérer ? »

MO: « Trouver un projet commun, où chacun a une place. »

Martin a d’ailleurs écrit un hymne magnifique au talent de direction de Sylvain M, à lire ici. C’est dire que la capacité de mener les gens à se surpasser peut avoir un effet majeur, même sur les plus expérimentés.

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2 Réponses sur “De boss à talent”

  1. Nathalie Bertrand dit :

    :: facile de questionner, surtout quand l’autre est allumé comme un sapin de noël. merci à toi et joyeux nowell!